Le curé Antoine Labelle, surnommé le « Roi du Nord », est une figure emblématique du Québec de la fin du XIXe siècle. Né en 1833 à Sainte-Rose (aujourd’hui Laval), il devient prêtre en 1856 et est nommé curé de Saint-Jérôme en 1868, où il passe 22 ans à transformer la région des Laurentides.
Visionnaire et déterminé, il consacre sa vie à freiner l’exode des Canadiens français vers les États-Unis en favorisant leur établissement dans le nord du Québec, notamment grâce à la colonisation et au développement économique.
Au cœur de son projet se trouve le chemin de fer, qu’il considère comme essentiel pour ouvrir les terres du Nord et stimuler leur peuplement. Pour Labelle, le train n’est pas seulement un moyen de transport : c’est un outil de progrès, capable de relier les colons isolés aux marchés de Montréal et de soutenir l’essor industriel.
Dès son arrivée à Saint-Jérôme, il milite pour la construction d’une ligne ferroviaire le long de la rivière du Nord. Son acharnement porte ses fruits : après des années de pressions auprès des milieux politiques et économiques, la ligne Montréal-Saint-Jérôme est inaugurée le 9 octobre 1876. Une locomotive est même baptisée « Révérend A. Labelle » en hommage à son rôle déterminant.
Labelle ne s’arrête pas là. Il rêve d’un réseau ferré s’étendant bien au-delà, jusqu’au lac Témiscamingue, voire à la baie d’Hudson, pour faire des Laurentides un carrefour prospère.
En 1872, il organise la célèbre « corvée de bois », acheminant 80 traîneaux de bois de chauffage à Montréal pour soulager une pénurie. Cet acte charitable est aussi une démonstration stratégique : il prouve la richesse des ressources du Nord et la nécessité d’un chemin de fer pour les exploiter.
Lors d’un banquet suivant l’événement, il plaide avec éloquence pour son projet, déclarant que sans ce lien, les ressources resteraient inexploitées et l’émigration continuerait de saigner la province.
Malgré ses efforts, le chemin de fer ne dépasse pas Saint-Jérôme de son vivant. Intrigues politiques et résistances, notamment des compagnies forestières, freinent ses ambitions.
Nommé sous-ministre de l’Agriculture et de la Colonisation en 1888, il gagne une certaine influence, mais meurt prématurément en 1891. Son rêve se concrétise plus tard, avec l’extension de la ligne jusqu’à Mont-Laurier en 1909.
Aujourd’hui, le legs du curé Labelle perdure dans la toponymie, comme la route 117, et dans la mémoire collective, où il reste le symbole d’un homme qui a cru au pouvoir du rail pour bâtir un avenir meilleur.